parcours

Mon parcours de vie

Un parcours riche, impliqué et cohérent

Du soin à l'art dramatique en passant par les sciences de l'éducation

- "La voie est sans issue, que me conseillez-vous ?
- Changez de vocabulaire !"
Alfred de Korzybski

J'ai un parcours scolaire particulièrement houleux qui a déterminé pour une part non négligeable les activités qui sont aujourd'hui les miennes. Ce n'est qu'à partir de mes études supérieures ainsi que par toutes mes pratiques corporelles que je vais enfin pouvoir m'épanouir.
Tout d'abord avec celles de psychomotricité (école de Marseille) avec le professeur René Soulayrol et le docteur Marcel Rufo qui ont laissé en moi comme une trace d'initiation. Et probablement que derrière cette dimension se cache une certaine idéalisation, celle que l'on retrouve au cœur même du vocable de ma profession, à savoir qu'il est composé de deux mots - psycho et motricité - où le tiret a disparu laissant penser que l'unité entre la psyché et le corps est rendue possible... précisément par la mise en mouvement.

Des études au théâtre

Et effectivement, dès ces études terminées, les conditions sont réunies pour me lancer dans une quête identitaire qui s'est traduite par des conflits intenses mais féconds puisqu'ils allaient être le moteur de mes engagements futurs, à savoir comment faire exister ce trait d'union... dans ma propre vie! Je décide alors de faire du théâtre professionnellement et d'entreprendre une psychanalyse.
Ce que je retiens d'essentiel de mes études, c'est que la fonction psychomotrice est celle qui fait émerger le corps relationnel. Elle s'appuie sur le dialogue tonique pour nous permettre de nous positionner à la fois comme semblable et différent d'autrui. En jouant de l'alternance entre détente-plaisir-satisfaction et tension-frustration-limite, nous contribuons à une dynamique intégrative qui par sa dimension d'empathie a une valeur humanisante.
Parallèlement à mes écoles d'art dramatique [américan center, l'école du bouffon de Serge Martin et l'université Censier Paris III (licence, maitrise d'études théâtrales, DEA arts du spectacle)], je travaille comme psychomotricien et je me forme à l'art-et-thérapie (à l'inecat) sous la direction du docteur Jean-Pierre Klein. Dès que j'ai l'opportunité d'obtenir mes premiers cachets d'intermittent du spectacle, je ferme la porte de mes activités cliniques, j'ai alors seulement 5 ans d'expérience comme salarié (dans un CAMSP puis dans un foyer vie).

Je débute le théâtre professionnel par le théâtre pour enfants (les Trois Chardons) puis je continue en étant comédien dans une compagnie (popul'art théâtre). Enfin, je rencontre Pierre Debauche et Françoise Danell et je suis admis dans leur classe internationale de mise en scène (Le jeu de Hotsmakh de Itzik Manger, joué à Paris). Je crée ma compagnie (la Bande à Moëbius) et réalise quelques spectacles (L'Aube Brune, joué au festival off d'Avignon, Cabaret antifasciste monté sur la péniche-théâtre). Je fais de la radio (France-culture, émission les mardis du théâtre), de la figuration et de la publicité.

Au cours de ce trajet, je découvre le clown (de théâtre) en particulier avec le Bataclown et depuis... ma perception du monde n'est plus la même ! Pourtant, le statut d'intermittent a raison de moi... et mon aventure théâtrale n'aura duré qu'un peu plus de 10 ans.
L'art dramatique m'a appris trois choses essentielles,
- la première est qu'avant d'être du spectacle, le théâtre est l'art de la relation,
- la seconde que la parole n'est pas le langage,
- la troisième... qu'il est passionnant et difficile de faire partager ces expériences fondatrices.

De la formation pour adultes à un retour vers la thérapie

Je reprends donc des études en sciences de l'éducation (DESS formation d'adultes, chef de projet) puis je suis engagé pendant 4 ans comme responsable de formation au Gréta de la Défense (antenne Évariste Galois). Je travaille ensuite comme indépendant, ce qui va m'amener à faire de la formation de formateurs (dans l'enseignement agricole), des missions d'évaluation (des Aides Médico-Psychologiques en alternance), du conseil (étude d'opportunité sur la création d'un centre ressource pour cérébro-lésés). Enfin, je suis de nouveau recruté pour mettre en place la filière d'éducateurs spécialisés (de l'école des travailleurs sociaux d'Annecy) et y intervenir.

Finalement je décide de revenir à la thérapie psychomotrice et en même temps, je commence à travailler avec l'organisme "Actif Formation" (à la Grande Motte). J'ouvre mon premier cabinet en 2002 et me forme au Focusing avec Bernadette et Gérard Lamboy, docteurs en psychologie. Cette approche, créée au début des années 1970 par Eugène Gendlin, psychologue et philosophe américain dont les recherches complètent et approfondissent les travaux de Carl Rogers, propose de nous réconcilier avec notre ressenti corporel. Cette démarche, s'appuyant précisément sur le sens corporel et jalonné de six étapes, m'a appris à accompagner les individus à partir de notre lieu d'évaluation interne, à respecter le processus émergent de sens et ainsi de mieux vivre les situations qui posent problèmes.

En 2008, je tente une dernière fois l'expérience de salarié dans un Foyer d'Accueil Médicalisé en y travaillant pendant 7 ans. Mais décidément, je suis difficilement compatible avec les institutions actuelles... Durant ces mêmes années, je termine une psychanalyse corporelle avec René et Agnès Chapus (association Act) et j'entreprends une formation approfondie à la thérapie familiale systémique sous la direction du docteur Alain Chabert (CHS Bassens) terminée en 2013.

Avec la systémie, je découvre une épistémologie référencée qui me permet de comprendre la place des paradoxes et leur importance dans le travail de conscience, à les penser, les vivre et les jouer sans cliver le monde et tout en reconnaissant leurs antagonismes. A titre d'exemple, je considère que dans mon secteur d'activité, on ne transmet bien que ce que l'on a vécu soi-même, et qu'on enseigne bien souvent ce que l'on a le plus besoin d'apprendre.

Une clinique rigoureuse résolument ouverte...

Désormais ma psychomotricité tient surtout de l'accueil et de l'engagement, pour ne pas dire du pas sage vers l'action juste que je suis en mesure de mettre en œuvre en situation ! En tout état de cause, je fais le constat que ma recherche a besoin de liberté de penser et d'action. Pour l'instant, seul le paradigme de la complexité m'a permis de me représenter mon travail dans une singularité qui tient plus de mon expérience et de mon regard que d'une vérité idéologique absolue !

Je m'intéresse également de près à la méditation que je pratique depuis de nombreuses années. Outre mon orientation systémique et ma spécialisation en thérapie psychomotrice, je poursuis actuellement une recherche qui me permet d'approfondir d'autres approches de connaissance de soi. En particulier, la méditation pleine présence et la thérapie ACT d'acceptation et d'engagement (Acceptance and Commitment Therapy).

Ces deux approches, particulièrement complémentaires, développent un certain nombre d’attitudes (comme l'ouverture, le non-jugement, la confiance, la non-distraction) qui permettent d'apprendre à ressentir plutôt que de mentaliser. Ainsi nous pouvons directement entrer en contact avec notre propre notre expérience, la reconnaître qu'elle soit agréable ou pas, l'accueillir pleinement et l'accepter d'instant en instant pour nous mettre en accord avec nos valeurs les plus profondes et par là même à agir et s'engager vers ce qui est le plus essentiel pour nous. La méditation pleine présence et la thérapie ACT sont des approches laïques, accessibles à tous, qui se développent fortement dans les hôpitaux et validées par nombre de médecins et scientifiques.

En septembre 2012, j'ai ouvert mon nouveau cabinet, l'arrêt-créations. Depuis, je cherche à intégrer, dans mes différentes activités, la richesse de ce parcours et à le mettre au service des individus et des familles. Ma préoccupation est autant éthique que esthétique, je considère le travail de conscience comme une maïeutique à sans arrêt perfectionner et ajuster dans un monde en perpétuelle transformation, qui appelle de la part de personnes comme des organisations, des réponses créatives, responsables et non dogmatiques. L'ensemble de cette recherche se synthétise concrètement dans mes stages ou weeks-end de découverte de son propre clown.

... ludique et impliquée

Si le cœur de mes différentes activités reste le même puisqu'il consiste à travailler à jouer [se référer au document Par le je(u)], c'est que la vulnérabilité est au cœur de notre condition humaine et qu'il me paraît essentiel de rappeler que c'est seulement si elle est reconnue et accueillie que nous transformons de manière constructive l'inévitable violence à laquelle chacun de nous est confronté dans son rapport à l'autre. Corrélé à ce constat et paradoxalement, je considère la joie comme notre richesse la plus souveraine. Elle représente notre bien le plus précieux et probablement le critère d'évaluation le plus pertinent de mon travail. Elle est le point de départ et d'aboutissement de ma recherche.

Aussi à l'instar de Pierre Rabhi, de Frédéric Lenoir et de bien d'autres d'autres chercheurs, j'ai la conviction qu'il est nécessaire de transformer de manière profonde nos modes de vie et de pensée. Je considère qu'il est largement temps de ré-envisager les liens entre la solidarité collective et l'engagement individuel. J'apporte par mes activités, ma recherche et mon énergie une pierre supplémentaire à ce projet d'élaboration d'une société qui permet le rééquilibrage du masculin et du féminin, le passage de la logique du « toujours plus » à celle de la « sobriété heureuse », la transformation de l'état de spectateur passif à celui d'acteur responsable. Il va de soi que je m'associe à tous ces chercheurs qui énoncent clairement que le progrès n'est pas l'évolution, qu'il s'agit d'apprendre à ne plus séparer psychologie et politique et à surmonter la double illusion de vouloir changer le monde sans changer soi-même ou de vouloir se changer soi-même sans vouloir changer le monde.

Est-il besoin de préciser que « je ne crois pas »... que je ne crois pas que la seule psychomotricité puisse « sauver le monde » ! Pour autant, je pense qu'elle contribue de manière non négligeable à la transition psycho-sociale dont notre société a besoin. J'en veux pour preuve la place qu'elle est en train de prendre de par son originalité, son sérieux, sa nécessité dans le paysage médical, psychologique et sociétal. De plus, à ma connaissance, c'est le seul corps des métiers du soin où les techniques et la pensée orientale sont aussi largement exercées et véritablement pensées. La fonction psychomotrice et son corollaire le corps relationnel sont donc bien une véritable plaque tournante d'une certaine mixité épistémologique, sociologique et... spirituelle.

Mon parcours n'est pas fini, il ne fait que commencer !

Et si le psychomotricien en libéral était le clown des acteurs du soin dans la cité ? Enfin… à Grésy-sur-Aix !