contes

Contes de sagesse

Contes de sagesse et autres poèmes...

"Enfants des âges à venir, en lisant ces pages indignées, sachez qu'au temps jadis,
l' Amour, le tendre Amour était jugé comme un crime."
William Blake

Contes traditionnels

Une histoire d'escargot

Il était une fois deux moines qui se promenait dans le jardin d'un monastère. Soudain, l'un des deux aperçut par terre un escargot traversant le chemin. Son compagnon était sur le point de l'écraser par inadvertance, quand il le retint à temps. Se baissant, il ramassa l'animal.
- « Regarde, nous avons failli tuer cet escargot. Or, cette bête représente une vie et à travers elle, un destin qui doit se poursuivre. Cet escargot doit survivre et continuer ses cycles de réincarnation ».
Et délicatement, il reposa l'escargot dans l'herbe à coté du jardin.
- « Inconscient ! S'exclama, furieux, l'autre moine. En sauvant ce stupide escargot, tu mets en péril les salades que notre jardinier cultive avec tant de soin. Pour sauver, on ne sait quelle vie, tu anéantis l'œuvre de nos frères. »
Tous deux se disputèrent alors sous l'œil curieux d'un autre moine qui avait été le témoin de toute la scène. Comme, ils n'arrivaient pas à se mettre d'accord celui ci proposa d'aller référer de cette affaire au grand prêtre, lui seul sera assez sage pour décider qui de vous deux a raison.
Ils se rendirent donc tous les trois chez le grand prêtre. Le premier moine raconta comment il avait sauvé un escargot et donc préservé une vie sacrée, recelant des milliers d'autres existences futures ou passées.
Le grand prêtre l'écouta, hocha la tête, puis énonça « Tu as fait ce qu'il convenait de faire, tu as raison. »
Le second moine bondit. « Comment ? Sauver un escargot dévoreur de salades, dévastateur de légumes, serait une bonne chose ? Il fallait au contraire écraser l'escargot pour protéger ce potager grâce auquel nous avons chaque jour de bonnes choses à manger ! »
Le grand prête écouta, hocha la tête et énonça : « C'est vrai, c'est ce qu'il aurait convenu de faire. Tu as raison. » Le troisième moine, qui était resté silencieux jusque là, s'avança et dit : « Mais, mais leurs points de vue sont diamétralement opposée, maîtres ! Comment pourraient-ils avoir raison tous les deux ? »
Le grand prêtre considéra longuement ce troisième intervenant, réfléchit, hocha la tête et énonça : « C'est vrai, toi aussi tu as raison » !
Moralité : Ce n'est pas parce que l'un a raison que l'autre a forcément tord !
Désolé, j'ai perdu les références de ce texte !

Le vieillard du fort

Un vieillard vivait avec son fils dans un fort abandonné au sommet d'une colline. Un jour, il perdit un cheval. Les voisins vinrent lui exprimer leur sympathie pour ce malheur et le vieillard demanda : "Comment savez-vous que c'est un malheur ?"
Quelques jours plus tard, le cheval revint, suivit de plusieurs chevaux sauvages. Les voisins vinrent le féliciter de cette chance et le vieillard répliqua : "Comment savez-vous que c'est une chance ?"
Entouré de tant de chevaux, le fils se mit à les monter et un jour, il se cassa la jambe gravement. De nouveau, les voisins s'approchèrent pour exprimer leur soutien et le vieillard répondit : "Comment savez-vous que c'est une malchance ?"
L'année suivante, il y eut une guerre et parce que le fils du vieillard était boiteux, il évita d'aller au front.
Et Lin Yutang de conclure. D'un point de vue taoïste, un homme cultivé est celui qui ne croit pas qu'il a réussi quand il a réussi mais qui n'est pas certain d'avoir échoué quand il a échoué. Tandis que la marque de l'homme à moitié cultivé est sa certitude que ses succès et ses échecs extérieurs sont absolus et réels.
Extrait de L'importance de Vivre, de Lin Yutang, éditions Buchet Chastel, 1981, Paris.

Ubuntu !

Un jour, un anthropologue proposa à des enfants d'une tribu africaine un jeu : Il posa un panier de fruit appétissant au pied d'un arbre, leur demanda de reculer de plusieurs pas, fit une ligne sur le sol et dit : "le premier arrivé jusqu'au panier gagne tous les fruits."
Au signal, tous les enfants s'élancèrent en même temps... en se donnant la main.
Arrivé au panier, ils s'assirent et profitèrent de leur récompense. L'anthropologue intrigué leur demanda pourquoi ils avaient agi ainsi alors que le meilleur aurait pu profiter de tous les fruits.
Les enfants éclatèrent de rire et tous dirent : " Ubuntu ! " Un d'entre-eux prit la parole et dit : "Comment l'un d'entre nous peut-il être heureux si tous les autres sont tristes ? "
Ubuntu dans la culture Xhosa signifie: "Je suis parce que nous sommes".
Ubuntu, c'est l'art d'être vraiment humain, le fait de savoir que l'on est tous intimement liés aux autres dans le flot de la vie.
Texte remanié par mes soins et trouvé sur internet

Une légende Hindoue, bien connue

Une vieille légende Hindoue raconte qu'il y eut un temps où tous les hommes étaient de Dieux. Mais ils abusèrent tellement de leur divinité que Brahma, le maitre de Dieux décida de leur oter le pouvoir divin et de le cacher à un endroit où il leur serait impossible de le retrouver. Le grand problème fut donc de lui trouver une cachette.
Lorsque les Dieux mineurs furent convoqués à un conseil pour résoudre ce problème, ils proposèrent ceci: "Enterrons la divinité de l'homme dans la terre" mais Brahma répondit : "Non, cela ne suffit pas car l'homme creusera et trouvera".
Alors les Dieux répliquèrent : "Dans ce cas, jetons la divinité de l'homme au plus profond des océans". Mais Brahma répondit de nouveau : "Non, car tôt ou tard, l'homme explorera les profondeurs de tous les océans et il est certain qu'un jour, il la trouvera et la remontera à la surface. Alors les Dieux conclurent : "Nous ne savons pas où la cacher car il ne semble pas exister sur terre ou dans la mer d'endroit que l'homme ne puisse atteindre un jour".
Alors Brahma dit : "Voici ce que nous ferons de la divinité de l'homme; nous la cacherons au plus profond de lui-même, car c'est le seul endroit où il ne pensera jamais à chercher".
Depuis ce temps-là, conclut la légende, l'homme a fait de tour de la terre, il a creusé, plongé, escaladé et même exploré les étoiles sans chercher quelque chose qui se trouve simplement en lui !
Je n'ai jamais eu la référence de cette histoire.

Une pensée... une destinée

Voici un petit texte dont de nombreuses traditions se réclament !
Semez une pensée, récoltez un acte,
semez un acte, récoltez une habitude,
semez une habitude, récoltez un caractère,
semez un caractère, récoltez une destinée.
En effet, certains l'attribuent à la Bible (ancien testament), d'autres à Senèque (philosophe grec), d'autres encore à Swani Sivananda (sage Hindou), enfin d'autres à la tradition du Bouddha.

Héritage Hassid"

Lorsqu'un souci tenaillait le Ba'al Shem Tov, il s'en, allait dans les bois, tout seul. Là, il trouvait une clairière et il allumait un feu, un grand feu et dans le silence de la forêt, devant la flamme dansante, il méditait, il priait. Et sa prière d'un pureté sans pareille se voyait toujours exaucée.
Son successeur, le Maggid de Mezritch, hérita cette habitude de son maître. Lui aussi, quand il avait besoin de la lumière et du service de l'Éternel, il se rendait dans les bois, accompagné de quelques étudiants. Là le petit groupe se contentait de prier, tout en disant « nous ne pouvons plus allumer de feu mais nous pouvons toujours dire les prières et respecter le silence de la forêt ».
Et leur fervente prière, elle aussi, était exaucée.
A la génération suivante, rabbi Moshe Leib de Sassov se rendit lui aussi dans les bois pour implorer la bienveillance de Dieu. Avec un groupe toujours plus important d’étudiants il disait : « Nous ne pouvons plus allumer de feu, nous ne connaissons plus les prières mais nous avons gardé le souvenir de la clairière et en mémoire la place précise où le Ba’al Shem-Tov priait. Alors faisons, nous aussi silence, cela sera peut-être suffisant ».
Et là encore, son appréciation était la bonne et leur prière fut de nouveau exaucée.
Une génération se succéda puis une autre et finalement à la suivante, rabbi Israël de Rushin, qui vivait dans un somptueux château où chacun avaient de quoi manger tous les jours, se trouva pourtant dans la même situation et la même urgence de faire appel au secours des Cieux. Face aux nombreuses classes d’étudiants qui l’écoutaient religieusement, il commençait son récit par les mots suivant : « Nous ne savons plus les prières, nous ne pouvons plus allumer de feu et la forêt du Ba’al Shem-Tov a aujourd’hui disparu mais je peux vous raconter cette simple histoire fait de gestes, de paroles et de silences sincères, peut-être cela sera t-il encore suffisant pour attirer la clémence de l'Éternel ? "
Et effectivement son vœu, lui aussi, fut une fois de plus, exaucée.
Exaucée, parce que j’ai la chance d’hériter cette histoire de mon grand-père, survivant de la Shoah. « Un jour viendra », me disait-il, « où il te faudra toi aussi transmettre … Ce jour là, comme le Ba’al Shem-Tov, tu seras inquiet pour l’avenir de tes enfants. Ce jour là, tu réaliseras que la réalité dépasse la fiction ».
Ce jour là, c’est aujourd’hui pour moi. « Je ne connais toujours pas les prières. De très nombreuses forêts continuent de disparaître remplacés par un environnement virtuel. Mais, je peux encore raconter cette histoire et bien que le monde soit toujours plus plein de bruit, le souvenir du feu de la clairière et le silence de la forêt… sont désormais dans le cœur de mon fils. »
Je lui dis qu’à son tour notre responsabilité est engagée et qu’elle peut-être aussi efficace que les anciennes prières de chacun de mes maîtres. Il me sourit, une lumière s’allume dans son regard, le silence est plus dense entre nous… Parfois, il m’arrive même de croire… de croire que ma propre prière peut-être exaucée. 
Ma reprise d'une histoire dont l'original se trouve dans le livre de Marc-Alain Ouaknin et Françoise-Anne Ménager, Bar-Mitsva, édition Assouline, 2005, Paris.

De la générosité

Un récit qui date du temps où Bouddha Shakyamuni était vivant raconte l'histoire d'une mendiante, pauvre parmi tous les plus pauvres d'Inde. Elle se sentait d'autant plus pauvre que ses désirs étaient insatiables.
Un jour, elle apprit que le Bouddha était invité chez Anâthapindika, dans le Jetavana. Anâthapindika était un riche marchand et un grand donateur. La mendiante suivit le Bouddha parce qu'elle savait qu'il lui donnerait de quoi manger. Il se tourna vers elle, s'approcha et lui demanda ce qu'elle désirait. Elle lui répondit : « Je voudrais manger, je voudrais que vous me donniez ce qui restera. »
Bouddha lui dit : « Dans ce cas, il faut d'abord dire non. Quand je vous offre, vous avez à refuser ». Il lui tendit de la nourriture et elle s'aperçut que c'était très difficile de dire non. N'importe quand, n'importe où, si quelque chose ou si quelqu'un lui offrait quelque chose, toujours et partout elle avait répondu : « Oui, je le veux. »
Elle trouva donc vraiment très difficile de dire non, n'étant pas accoutumé à ce mot. Elle finit tout de même, après de grandes difficultés, par dire non et bouddha lui donna la nourriture.
Et ce fut ce qui l'amena à comprendre que la véritable faim au-dedans d'elle-même était le désir et le besoin d'avoir, de posséder, de prendre, d'accaparer.
Le bouddha rappelle à cette mendiante qu'il y a en elle plus profond que ses manques, la Puissance du Don. C'est à partir de la reconnaissance de cette source qu'elle deviendra capable de gratitude et de satisfaction. Mais d'abord, il faut dire « non » ou « assez » à ce conditionnement de l'être qui ne cesse d'implorer, ce fonctionnement qui s'appelle le « moi ».

On pourrait rapprocher cette histoire ce celle de l'Évangile où Jésus montre en exemple une pauvre veuve qui donne dans le tronc à l'entrée du temple.
S'étant assis face au Trésor, il regardait la foule mettre monnaie dans le trésor et beaucoup de riches en mettaient abondamment. Survint une pauvre veuve qui y mit deux piécette, soit un quart d'as. Alors il appela ses disciples et leur dit « en vérité, je vous le dis, cette pauvre veuve a mis plus que tous ceux qui ont mis dans le trésor. Car tous ceux-là ont mis de leur superflu, mais elle, de son indigence, a mis tout ce qu'elle possédait, tout ce qu'elle avait pour vivre. » (Marc, 12, 41-44.)
Il donne de leur avoir, elle donne de son être. C'est elle qui est riche. Par ce don, elle demeure dans le mouvement de la générosité créatrice, elle donne accès au Soi, à l'inconditionné en elle, libre des craintes du moi conditionné, le moi toujours structuré par sa peur de manquer.
Manques et plénitude, Élément pour une mémoire de l'essentiel. Jean-Yves Leloup, collection l'être et le corps, édition Albin Michel.

La fable des casseurs de cailloux

Charles Peguy va en pèlerinage à Chartres. Il voit un homme fatigué, suant, qui casse des cailloux. Il s'approche de lui et lui demande : « Qu'est-ce que vous faites, Monsieur? »
« Vous voyez bien, je casse des cailloux, c'est dur, j'ai mal au dos, j'ai soif, j'ai chaud. Je fais un sous-métier, je suis un sous-homme ».
Il continue et voit un autre homme qui casse des cailloux, lui n'a pas l'air si mal. « Monsieur, qu'est-ce que vous faites ? »
« Eh bien, je gagne ma vie, Je casse des cailloux. Je n'ai pas trouvé d'autre métier pour nourrir ma famille, je suis bien content d'avoir celui-là »
Péguy poursuit son chemin et s'approche d'un troisième casseur de cailloux, qui est souriant et radieux.
« Moi Monsieur, je bâtis une cathédrale. »
Le fait est le même, l'attribution du sens est totalement différente. Et cette attribution du sens vient de notre propre histoire et de notre contexte social. Quand on a une cathédrale dans la tête, on ne casse pas les cailloux de la même manière.
Histoire tirée du Nouvel observateur n° 1939, les clés du bonheur par Boris Cyrulnik et transmise par la maman d'un patient !

Sketch de Raymond Devos puis de Charlie Chaplin

Je me suis fait tout seul

Mesdames et messieurs, je dois vous dire tout d’abord que je me suis fait tout seul... et que je me suis raté. Je me suis raté, quoi !
J’ai d’autant plus de mérite à l’avouer que ça ne se voit pas tellement ! Encore que personne ne m’ait jamais dit : Vous, vous êtes réussi !
En réalité, je me suis fait plus moche que je ne suis !
Tout au début tandis que je me faisais, je voyais bien que je ne me faisais pas bien. Mais comme à chaque fois que je disais que je me faisais mal, les gens disais : « c’est bien fait ! » j’ai continué à me faire mal en croyant bien faire.
Et puis quand j’ai vu la tournure que je prenais, j’ai tout arrêté. Et je me suis laissé dans l’état où vous me voyais !
Alors, on a dit : « Non seulement, il est raté, mais en plus, il est pas fini ! » Eh, j’aime mieux cela ! J’aime mieux ne pas être fini ! Parce qu'un homme fini, il est fini ! On a beau me dire : « il est réussi » , je réponds : « oui mais il est fini ! »
Au fond, je préfère être inachevé, comme une symphonie ! Il y a de belles symphonies inachevée ! Encore que personne ne m’ait jamais dit: «Vous vous êtes une belle symphonie inachevée ! »
Et puis, l’avantage quand on s’est raté, c’est qu’ensuite on peut tout rater impunément, personne ne vous en fait grief ! On se sent sûr de soi, on est serein !
Exemple : A l’école, le jour de l’examen, tous mes petits camarades avaient peur de ne pas réussir ! moi, je n’avais pas peur ! Ils se présentaient, tout tremblants, à l’examen. Moi j’étais confiant ! j’étais sûr de rater ! Et ça ratait pas ! l’examen, je le ratais haut la main ! J’ai toujours réussi à rater tous mes examens.
Je ne sais pas comment vous expliquer. Mais pour un raté… rater, c’est estimer avoir réussi là où les autres considèrent qu’ils ont raté !
Exemple : Chaque fois que je fais un pas en avant et que je le rate, j’ai la sensation de progresser ! Encore que personne ne m’est jamais dit : « Sur le plan raté, vous avez fait des progrès ! » et pourtant j’en ai fait ! Je rate mieux qu’avant. Avant je ratais une fois sur deux ! Maintenant, je rate à tous les coups.
Finalement, il y a qu’une seule chose que je sache bien faire, c’est rater ! Si bien que si c’était à refaire, s’il fallait que je me refasse, je me raterais de la même façon ! Parce qu’au fond, on ne se refait pas !

Portrait de l'artiste en naufragé volontaire

Sur une mer imaginaire, loin de la rive... l'artiste, en quête d'absolu, joue les naufragés volontaires... Il est là, debout une planche qui oscille sur la mer. La mer est houleuse et la planche est pourrie.
Il manque de chavirer à chaque instant. Il est vert de peur et il crie : « C'est merveilleux, je fais le plus beau métier du monde. » Et pour se rassurer, il chante : « Maman, les petits bateaux qui vont sur l'eau, ont-ils des jambes ? Mais oui mon gros bêta... » Et plouf, il tombe à l'eau !
Il est rappelé à la dure réalité de la fiction. Lui, qui se voyait déjà en haut de l'affiche, se voit en bas de la liste de ces chers disparus !
Il a envie de crier : « Un homme à la mer ! » Mais comme l'homme, c'est lui et que lui, c'est un artiste et qu'il exerce le plus beau métier du monde, il crie : « et que le spectacle continue ! »
Il remonte sur sa planche pourrie. Il poursuit sa quête d'absolu. « Maman, les petits bateaux qui vont sur l'eau ont-ils des jambes ? Mais oui, mon gros bêta... » et plouf, il retombe à l'eau !
Il est balloté comme une bouteille à la mer, à l'intérieur de laquelle il y a un message de détresse. Il a envie de crier : « Une bouteille à la mer »  » Mais comme la bouteille, c'est lui et que lui, c'est un artiste et qu'il exerce le plus beau métier du monde, il crie « l'eau est bonne, un peu fraîche, mais bonne ! » »
Il remonte sur sa planche pourrie... il a complètement perdu le nord. Il se croit sur la mer du même nom, la mer du nord, alors il fait la manche, toujours en quête d'absolu ! « Maman les petits bateau qui vont sur l'eau, ont-ils des jambes ? Mais oui, mon gros bêta... » et plouf, il re-retombe à l'eau !
Le public, qui est resté sagement assis sur la rive se demande si l'artiste n'est pas en train de l'emmener en bateau. Il se dit « Mais alors, quand est-ce qu'il se noie ? »
L'artiste, lui s'aperçoit soudain que la planche pourrie sur laquelle il est monté pour la énième fois donne du gîte sur tribord, c'est à dire qu'elle penche du côté où il va tomber ! Il a envie de crier : « Les femmes et les enfants d'abord... » mais comme il est tout seul, il crie : « Je suis le seul maître à bord ! » Il ajouterait bien : après Dieu mais comme dans l'imaginaire, Dieu on ne risque pas de le rencontrer... Dieu existe, certes mais dans le réel ! Pour Dieu, l'imaginaire, c'est une vue de l'esprit ! La fiction, ça le dépasse complètement ! L'artiste sait lui qu'il n'a rien à attendre du ciel. Alors, au lieu de crier après Dieu, il crie : « Après moi, le déluge... »
Et tandis que sa planche qui fait eau de toutes parts, s'enfonce dans les eaux, il n'a plus qu'une seule idée en tête : « Sauver la recette, sauver la recette ». Alors il fait une annonce publicitaire : « Mesdames et messieurs, la planche pourrie sur laquelle j'ai eu l'honneur de sombrer devant vous pour la dernière fois ce soir était sponsorisée par le ministère de la culture... » Et il coule avec la subvention ! Il disparaît dans les flots.
Et il réapparaît aussi sec... Il a de l'eau jusqu'à la ceinture... ses deux pieds touchent le fond de le mer. Alors le public rit « Ha, ha, il s'est noyé dans un verre d'eau ! »
A l'évidence, la mer imaginaire sur laquelle l'artiste s'est embarqué imprudemment est à la hauteur de son imagination. Elle manque de profondeur. C'est une mer à marée basse, une mer de bas-fonds ! Un mer indigne d'un grand naufrage !
Alors l'artiste pour ne pas sombrer dans le ridicule fait la planche, Il fait la planche pourrie. Il a envie de crier : « Une planche à la mer ! » Mais comme la planche, c'est lui et que lui, c'est un artiste et qu'il exerce le plus beau métier du monde, il crie : « je suis le radeau de la méduse à moi tout seul et il se pourrait bien que cette fois ci, il n'y ait pas de survivants ! ».
Le public imperméable jusque là, se dit : « Coule, cool, c'est un spectacle cool... pas de survivants, cela promet... et laisse entrevoir une fin heureuse ! »
Alors, après avoir crié : « Bis, bis, bis », il crie : « ter, ter, terre » Et c'est le miracle !
Devant le public médusé, l'artiste transfiguré regagne la rive en marchant sur les flots... et il se noie dans la foule !

Parler pour ne rien dire

Mesdames, Messieurs… je vous signale tout de suite que je vais parler pour ne rien dire.
Oh je sais ! vous pensez : « s’il n’a rien à dire… il ferait mieux de se taire ! »
Évidemment ! Mais c’est trop facile, c’est trop facile !
Vous voudriez que je fasse comme tous ceux qui n’ont rien à dire et qui le gardent pour eux ? Et bien non ! mesdames et messieurs, moi lorsque je n’ai rien à dire, je veux qu’on le sache ! je veux en faire profiter les autres. Et si vous mêmes, mesdames et messieurs, vous n’avez rien à dire, eh bien on en parle, on en discute ! Je ne suis pas ennemi du colloque.
Mais me direz-vous, si on parle pour ne rien dire, de quoi allons nous parler ? Eh bien de Rien, de rien. Car Rien ce n’est pas rien ! La preuve, c’est qu’on peut le soustraire.
Exemple : Rien moins rien = moins que rien. Si on peut trouver moins que rien, c’est que rien existe et qu’il vaut déjà quelque chose. On peut acheter quelque chose avec rien ! En le multipliant ! Une fois rien… c’est rien, deux fois rien…. C’est pas beaucoup... Mais trois fois rien… Pour trois fois rien, on peut déjà acheter quelque chose… et pour pas cher !
Maintenant, si vous multipliez trois fois rien par trois fois rien : Rien multiplié par rien = rien
Trois multiplié par trois = neuf. Cela fait rien de neuf !
Oui c’est pas la peine d’en parler ! Puisque c’est du déjà vu ! Bon ! parlons d’autre chose ! Parlons de la situation tenez ! Sans préciser laquelle !
Si vous le permettez, je vais faire brièvement l’historique de la situation, quelle qu’elle soit ! Il y a quelques mois, souvenez vous, la situation pour n’être pas pire que celle d’aujourd’hui n’en était pas meilleure non plus.
Déjà, nous allions vers la catastrophe et nous le savions… nous en étions tous conscients ! Car il ne faudrait pas croire que les responsables d’hier étaient plus ignorants de la situation que ne le sont ceux d’aujourd’hui !
Oui, la catastrophe, nous le pensions, était pour demain ! C’est à dire qu’en fait elle devait être pour aujourd’hui si mes calculs sont justes !
Or que voyons nous aujourd’hui ? Qu’elle est toujours pour demain ! Alors, je vous pose la question, mesdames et messieurs : Est-ce en remettant toujours au lendemain la catastrophe que nous pourrions vivre le jour même que nous l’éviterons.
D’ailleurs, je vous signale entre parenthèses que si le gouvernement actuel n’est pas capable d’assurer la catastrophe, il est possible que l’opposition s’en empare !
Raymond Devos, Matière à rire, l'intégrale, librairie Plon, 1993, Paris.

Le jour où je me suis aimé pour de vrai

Le jour où je me suis aimé pour de vrai, j’ai compris qu’en toutes circonstances, j’étais à la bonne place, au bon moment.
Et alors, j’ai pu me relaxer.
Aujourd’hui, je sais que cela s’appelle… l’Estime de soi.

Le jour où je me suis aimé de pour vrai, j’ai pu percevoir que mon anxiété et ma souffrance émotionnelle n’étaient rien d’autre qu’un signal lorsque je vais à l’encontre de mes convictions.
Aujourd’hui, je sais que cela s’appelle… l’Authenticité.

Le jour où je me suis aimé pour de vrai, J’ai cessé de vouloir une vie différente
et j’ai commencé à voir que tout ce qui m’arrive contribue à ma croissance personnelle.
Aujourd’hui, je sais que cela s’appelle… la Maturité.

Le jour où je me suis aimé pour de vrai, j’ai commencé à percevoir l’abus dans le fait de forcer une situation ou une personne,
dans le seul but d’obtenir ce que je veux, sachant très bien que ni la personne ni moi-même ne sommes prêts et que ce n’est pas le moment.
Aujourd’hui, je sais que cela s’appelle… le Respect.

Le jour où je me suis aimé pour de vrai, j’ai commencé à me libérer de tout ce qui n’était pas salutaire,
personnes, situations, tout ce qui baissait mon énergie. Au début, ma raison appelait cela de l’égoïsme.
Aujourd’hui, je sais que cela s’appelle… l’Amour propre.

Le jour où je me suis aimé pour de vrai, j’ai cessé d’avoir peur du temps libre et j’ai arrêté de faire de grands plans,
j’ai abandonné les méga-projets du futur. Aujourd’hui, je fais ce qui est correct, ce que j’aime quand cela me plait et à mon rythme.
Aujourd’hui, je sais que cela s’appelle… la Simplicité.

Le jour où je me suis aimé pour de vrai, j’ai cessé de chercher à avoir toujours raison,
et je me suis rendu compte de toutes les fois où je me suis trompé.
Aujourd’hui, j’ai découvert… l’Humilité.

Le jour où je me suis aimé pour de vrai, j’ai cessé de revivre le passé et de me préoccuper de l’avenir.
Aujourd’hui, je vis au présent, là où toute la vie se passe.
Aujourd’hui, je vis une seule journée à la fois. Et cela s’appelle… la Plénitude.

Le jour où je me suis aimé pour de vrai, j’ai compris que ma tête pouvait me tromper et me décevoir.
Mais si je la mets au service de mon coeur, elle devient une alliée très précieuse !
Tout ceci, c’est… le Savoir vivre.
Texte trouvé sur internet et attribué à Charlie Chaplin... à confirmer !

Histoires drôles

Ton voisin est un étranger

Ton Christ est juif,
ta voiture est japonaise,
ton couscous est algérien,
ta démocratie est grecque, ton café est brésilien,
ta montre est suisse,
ta chemise est indienne,
ta radio coréenne, tes vacances sont turques, tunisiennes ou marocaines,
tes chiffres sont arabes,
ton écriture est latine,
Et... tu reproches à ton voisin d'être un étranger !
Transmis par une jeune adolescente.

Tut-tuut-tuuut. Clic

Depuis le profusion des serveurs vocaux, voici ce qu'on pourrait entendre bientôt :
« Bienvenue sur la Hot-line de la fédération nationale des psychanalystes.
- Si vous êtes un obsessionnel-compulsif, appuyez une vingtaine de fois nerveusement sur la touche 1.
- Si vous êtes codépendant, demandez à quelqu'un d'appuyer sur la touche 2.
- Si vous êtes une personnalité multiple, appuyez, dans l'ordre que vous souhaitez, sur les touches 3, 4, 5 ou 6.
- Si vous avez de bouffées de délire, pressez la touche 7 et votre appel sera transféré au vaisseau amiral où Dark Vador en prendra connaissance.
- Si vous êtes amnésique, pressez la touche 8 et rentrez votre nom, prénom, adresse, numéro de téléphone, date de naissance, numéro de sécurité sociale. Pour ne plus avoir à vous le redemander, précisez les noms de jeunes filles de votre mère et grand mère et leur date et lieu de naissance.
- Si vous êtes un compulsif à répétition, raccrochez et recomposez aussitôt notre numéro.
-Si vous êtes dyslexique, pressez les touches 969696996969696696
- Si vous êtes paranoïaque, sachez que nous savons qui vous êtes et que votre appel à déjà été localisé.
- Si vous êtes schizophrène, vous entendrez une petite voix qui vous dira d'ici peu de temps sur quel numéro appuyer, si vous n'entendez rien, c'est que vous êtes sourd.
- Si vous êtes maniaco-dépressif, peu importe quelle touche que vous frappez, de toute façon soyez assuré que nous, ici, nous nous en foutons complètement.
- Si vous êtes un agressif-passif, dès que vous aurez l'opérateur suivant, hurlez et mettez-nous en attente.
- Si vous êtes antisocial, arrachez le téléphone du mur ou jetez votre portable par la fenêtre.
- Si vous avez des difficultés d'attention, ne vous occupez pas des instructions précédentes et rappelez nous après chaque annonce.
- Si vous souffrez de stress post traumatique, appuyez doucement et précautionneusement trois fois sur la touche 000 en laissant votre doigt dessus aussi longtemps que vous le désirez.
- Si vous souffrez d'un manque de confiance en vous, raccrochez. Et rappelez quand vous le sentez, nos opérateurs sont souvent trop occupés, vous leur permettez de prendre un peu temps pour eux, ils vous en remercient.

Transmis par une collègue psychologue

La Vie est

La Vie est une illusion d’obstacle.
La Vie est une illusion.
La Vie est Une.
La Vie est.
Là, ici et maintenant ! Vis !
Transmis par une amie et simplifié par moi !

Du travail en équipe

Il était une fois... quatre personnes qui s'appelaient :
« Tout le monde », « Chacun », « Quelqu'un », et « Personne ».
Il y avait un travail important à faire et on a demandé à
« Tout le monde » de le faire, « Tout le monde » était persuadé que
« Quelqu'un » le ferait. « Chacun » pourrait bien l'avoir fait.
Mais c'est « Personne » qui le fit !
« Quelqu'un » se fâcha, parce que c'était le travail de « Tout le monde »
« Tout le monde » pensa que « Chacun » pourrait le faire,
mais aucun ne réalisa que « Tout le monde » ne pouvait le faire.
En fin de compte, « Tout le monde » fit des reproches à « Quelqu'un »
parce que « Personne » n'avait fait ce que « Chacun aurait pu faire ».
Moralité... quand il y a un important travail en équipe à faire,
il vaut mieux commencer par dire « Moi, je le fais ».
Transmis par un stagiaire Actif du stage gestion des conflits

Le présent d'incarnation

Il faudrait inventer un temps particulier pour l'apprentissage. Le présent d'incarnation.
Par exemple,je suis ici dans cette classe et je comprends enfin ! Ça y est ! Mon cerveau diffuse dans mon corps : ça s'incarne.
Quand ce n'est pas le cas, quand je n'y comprends rien, je me délité sur place, je me désintègre dans ce temps qui ne passe pas, je tombe en poussière et le moindre souffle m'éparpille.
Seulement, pour que la connaissance ait une chance de s'incarner dans le présent d'un cours, il faudrait cesser d'y brandir le passé comme une honte et l'avenir comme un châtiment.
Extrait du Chagrin d'école, Daniel Pennac, toujours transmis par la même maman !

L'école de l'imaginaire

La "classe", ce n'est pas un "professeur" et des "étudiants" : c'est un artiste et chacun des artistes qui la constitue.
Par conséquent, il faut exiger que les attitudes spirituelles soient déscolarisées.
Non pas des "écoliers" : que travaillent des personnalités autonomes capables de désirs, mais des personnalités autonomes capables de transformer leurs désirs en démarches artistiques. Le théâtre offre sans cesse une utilisation exquise du désir. Quelle chance !
On dit dans l'école : tel ou telle est narcissique, renfermé, agressif, prendre garde au critère d'une morale scolaire. Outre qu'il convient d'aimer les défauts des amis, seule une morale professionnelle est à prendre en compte : être à l'heure, savoir son texte et qu'on l'entendre au dernier rang. Souvent les défauts majeurs d'un jeune acteur, d'une jeune actrice, sont ses qualités cachées.
Former des acteurs privés de leurs défauts historiques : exhibitionnisme, sens de la démesure, insolence, est un calcul à la Pyrrhus. Ceci procède de certaines dramaturgie. Mais, si légitimes soient-elles, c'est abusivement qu'elles tendent à généraliser leurs exigences, à unifier ce qui est la matière première d'autres et futures dramaturgies : des caractères. En quoi l'acteur et l'actrice doivent être inclassables.
Petites paraboles pour expliquer mon intuition : l'humour de l'insecte disqualifie l'entomologiste. C'est pourquoi certains entomologistes préfèrent les insectes sans humour. Mais comme elle est sotte l'esthétique des papillons épinglés.
Mettre en scène des hyperpersonnels, cela demande du tact. Il faut préserver les vulnérabilités, les maladresses. Peut-être le théâtre est-il l'art de la maladresses des dieux.
C'est Borges (?) qui dit que, de nos jours, on mène chez le psychiatre cette "névrose" qu'auparavant on appelait muse. Je connais des écoles d'art qui sont des cimetières de muses.
Si les acteurs, les actrices ont des pensées banales, psychologiquement, moralement, politiquement, philosophiquement, alors l'intelligence des grands textes devient leur banalisation. Il faut qu'une pensée d'acteur originale rencontre l'originalité des textes.
Mais pour qu'une pensée d'acteur soit capable d'originalité, il faut qu'elle expérimente le théâtre comme phénomène globale, comme théâtralité.
Dans l'école de l'imaginaire, l'imagination du "maître" n'est pas privilégiée. Elle ne s'accompagne pas de pouvoirs. Elle est une imagination, chacun étant la sienne. Ainsi l'avenir artistique de la "classe" est-il riche de projets multiples.
On peut apprendre en imitant, certes. Mais il faudra bien en venir à l'exercice d'une pensées. On peut apprendre en admirant. Mais il faudra bien en venir à l'exercice de l'Amour. On peut apprendre en obéissant. Mais il s'agit ici d'une obéissance délibérée, toute provisoire, obéissance à ce code là qui a été trouvé et qui, pour ce moment là du travail, s'appellerait le style de jeu.
Mais en vue de la recherche de l'obéissance suivante, il faudra que chacun des artistes redevienne lui-même, c'est à dire un être ombrageux, distrait, aux aguets, doué pour l'écoute, prêt à toute incartade, bref pas commode.
Le travail théâtral est exigeant. S'échangent des silences. S'échangent des indications : j'aime ce mot. La recherche n'est pas bavarde, parfois. Ce jeune homme, cette jeune femme : des mutants. On le comprendra plus tard : c'est un grand bonheur que le théâtre soit joué par des acteurs, non par des prêtres ou des banquiers.
Il faut multiplier dans la "classe", les esquisses, les brouillons, les approches, les études de styles.
Que chacun ait sa chance, dans sa propre trajectoire, de croiser ce déclic, cette mise au monde : un moment de théâtre où l'acteur trouve une harmonie tout à coup entre son corps, le texte, l'intelligence du texte, la sonorité de sa voix, les autres, le style cherché, le sens qui se fait jour, le public. Un vaste savoir intériorisé tout à coup.
La "tradition orale" est sans doute le seul secret qui se puisse transmettre. A travers des pratiques. Il convient sans doute de ne point "écrire" à son sujet.
Texte écrit par Pierre Debauche lorsqu'il était professeur au conservatoire national d'art dramatique de Paris.